L'ironie centrale d'un avant-poste de progrès

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Un avant-poste du progrès est un récit de Conrad qui montre à quel point le contrôle d’une civilisation est nécessaire à la santé mentale des individus. Deux hommes blancs ordinaires, Kayerts et Carlier, ont été affectés à une station de négoce lointaine au cœur de l’Afrique. Leur travail consiste à superviser la collecte d'ivoire à la station. Dans un pays étranger, avec des coutumes et des peuples différents, Kayerts et Carlier sont essentiellement isolés – ils dépendent l'un de l'autre pour toute entreprise significative.

Dans ce contexte, Conrad expose comment les hommes se désagrègent s'ils ne disposent pas des contrôles stricts d'une société pour les discipliner. On voit que Kayerts et Carlier passent simplement leur temps, attendant que les choses se passent par eux-mêmes, se résignent à leur destin. Ils sont incapables d'améliorer leurs conditions de vie, ils ne montrent rien au monde et sont voués à la dégradation progressive.

À la fin, nous voyons comment ces deux hommes, qui s’appelaient jadis «mon cher», sont consumés par une méfiance réciproque et se disputent de très petites choses. En fin de compte, un homme tue l’autre à la suite d’un conflit banal et incapable de faire face aux conséquences de son geste, se suicide lui-même.

"Pour lutter efficacement même contre des problèmes matériels, il faut plus de sérénité d'esprit et un courage plus noble qu'on ne l'imagine généralement." Conrad nous montre comment ces deux individus sont incapables de maintenir des conditions de vie décentes quand ils sont laissés à eux-mêmes simplement parce qu'ils sont complètement isolés d'une société avec son système de récompense et de punition. "ils … ne savent pas quel usage faire de leur liberté".

L'ironie centrale de l'histoire est que ces deux individus ont été envoyés par un pays européen civilisé dans une Afrique «sombre». Leur mission est d'apporter «la lumière, la foi et le commerce dans les endroits sombres de la terre». Il est ironique de constater qu’au lieu d’atteindre cet objectif, les hommes sont tombés en proie aux forces obscures de la «pure sauvagerie non atténuée», de la «nature primitive» et de «l’homme primitif». Les hommes perdent les valeurs que la civilisation leur a enseignées et succombent devant les forces obscures en elles-mêmes que les chaînes de la société ont longtemps réprimées.

Cette ironie est un thème récurrent dans de nombreux récits de Conrad. Parmi ceux-ci, notons Heart of Darkness et Lord Jim. Dans les deux récits, nous voyons des exemples montrant comment des hommes postés dans des antennes coloniales succombent dans une vie de dégradation.


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